Les montants actuellement engagés donnent une idée de l’ampleur du futur patrimoine à maintenir.
Dans le ferroviaire, le programme d’investissement de l’ONCF à l’horizon 2030 représente environ 96 milliards de dirhams. Il comprend notamment l’extension de la LGV vers Marrakech, le développement de services métropolitains, l’acquisition de nouveaux trains et la modernisation des infrastructures ferroviaires.
Dans l’aéroportuaire, la stratégie Aéroports 2030 prévoit un programme d’investissement de 28 milliards de dirhams sur la période 2025-2030, notamment pour Casablanca, Marrakech, Agadir, Tanger et Fès.
Dans le domaine de l’eau et de l’électricité, le programme d’équipement de l’ONEE pour 2026-2030 dépasse quant à lui 248 milliards de dirhams, avec des investissements dans les capacités de production, les réseaux électriques, les énergies renouvelables, le stockage et les infrastructures hydrauliques.
À cela s’ajoutent les investissements routiers, autoroutiers, portuaires, hospitaliers, sportifs et urbains. Ces montants sont généralement présentés sous l’angle de la construction. Pourtant, chaque nouvel équipement mis en service crée immédiatement un besoin de maintenance qui peut se prolonger pendant plusieurs décennies.
Lorsqu’on parle de maintenance d’une infrastructure, on pense facilement au béton, aux routes ou aux façades. Mais les infrastructures modernes sont devenues de véritables systèmes techniques.
Un aéroport, une gare, un stade, un hôpital ou un bâtiment tertiaire peut intégrer :
- Des postes électriques ;
- Des installations d’éclairage ;
- Des systèmes CVC ;
- Des réseaux de détection et de sécurité incendie ;
- Des systèmes de contrôle d’accès et vidéosurveillance ;
- Des équipements de pompage ;
- Des systèmes photovoltaïques et de gestion énergétique.
Le bâtiment n’est donc plus seulement une structure physique. Il devient un ensemble d’équipements interdépendants qui doivent conserver leurs performances dans le temps. Et plus ces installations deviennent complexes, plus la maintenance nécessite des compétences spécialisées.
Dans un projet d’infrastructure, le coût de construction est très visible : études, travaux, équipements et mise en service. Les dépenses futures le sont beaucoup moins. Pourtant, pendant toute la durée d’exploitation, l’ouvrage générera des dépenses de maintenance préventive, corrective et réglementaire, auxquelles pourront s’ajouter des opérations de rénovation ou de remplacement. C’est la logique du coût du cycle de vie, ou Life Cycle Cost.
Deux solutions techniques présentant un coût d’investissement initial différent peuvent finalement produire le résultat inverse sur plusieurs décennies si l’une nécessite davantage d’interventions, consomme plus d’énergie ou utilise des composants difficiles à remplacer. Le choix d’un équipement ne devrait donc pas uniquement répondre à la question : « Combien coûte-t-il aujourd’hui ? » mais également : « Combien coûtera-t-il à exploiter et à maintenir pendant toute sa durée de vie ? » Cette approche devient particulièrement importante pour les infrastructures publiques et les grands équipements destinés à fonctionner pendant plusieurs décennies.
La maintenance corrective consiste essentiellement à intervenir après l’apparition d’une panne. Elle peut être acceptable pour certains équipements non critiques, mais devient beaucoup plus problématique lorsqu’une défaillance entraîne l’arrêt d’un service essentiel. Imaginez par exemple la panne d’un équipement électrique majeur dans un aéroport, une gare, un hôpital ou une station de pompage. Le coût réel ne correspond alors plus uniquement au prix de la réparation. Il peut également inclure une interruption d’activité, des pertes d’exploitation, des risques pour les usagers, des interventions d’urgence ou encore la dégradation d’autres équipements.
La maintenance préventive consiste au contraire à intervenir avant la panne, grâce à des inspections et contrôles périodiques. Elle peut comprendre par exemple le contrôle des tableaux électriques, le serrage des connexions, la thermographie, les mesures d’isolement, les tests des protections, les essais des groupes électrogènes ou encore le contrôle des systèmes de sécurité. L’objectif est simple : détecter une anomalie lorsqu’elle est encore maîtrisable plutôt que lorsqu’elle devient une panne.
Une nouvelle évolution est déjà en cours : passer d’une maintenance programmée à une maintenance davantage basée sur l’état réel des équipements. Les bâtiments et infrastructures modernes produisent de plus en plus de données. Des capteurs peuvent suivre la température d’un équipement, sa consommation électrique, ses vibrations, son nombre d’heures de fonctionnement ou encore l’évolution de certains paramètres de performance. Une GTB peut ensuite centraliser ces informations et générer des alarmes lorsqu’un comportement anormal apparaît. La maintenance devient alors progressivement prédictive. Au lieu de remplacer systématiquement un composant tous les six mois ou d’attendre qu’il tombe en panne, l’exploitant peut analyser son état et intervenir au moment le plus pertinent. Cette approche est particulièrement intéressante pour les équipements critiques ou coûteux. Elle accompagne directement le développement des smart buildings, des systèmes IoT et de la gestion énergétique.
Parmi tous les lots techniques, les installations électriques occupent une position particulière. Une grande partie des autres systèmes en dépend. Une défaillance électrique peut affecter simultanément l’éclairage, la climatisation, les ascenseurs, les équipements informatiques, les systèmes de sécurité, les pompes ou certains automatismes. La maintenance électrique doit donc permettre de vérifier régulièrement l’état des installations et leur niveau de sécurité. Les contrôles peuvent notamment concerner les tableaux électriques, les dispositifs de protection, les câbles, les prises de terre, les transformateurs, les groupes électrogènes ou encore les systèmes d’éclairage de sécurité. La thermographie infrarouge constitue par exemple un outil particulièrement intéressant : elle permet d’identifier certains échauffements anormaux sans démonter l’installation et peut révéler des connexions défectueuses, des surcharges ou des déséquilibres avant qu’ils ne provoquent une panne plus importante.
Dans ce domaine, contrôle et maintenance deviennent étroitement liés. Le véritable travail commence parfois dès la réception. La qualité de la future maintenance dépend également de la manière dont le projet a été livré. Lorsqu’une infrastructure entre en exploitation, l’équipe chargée de la maintenance devrait disposer d’une documentation complète : plans de récolement, schémas électriques, fiches techniques, notices des fabricants, rapports d’essais, réglages des protections, références des équipements et historique des contrôles. Dans un projet multilot, cette documentation est fondamentale.
Une installation parfaitement réalisée mais mal documentée peut devenir beaucoup plus difficile et coûteuse à maintenir quelques années plus tard. La réception ne devrait donc pas être considérée uniquement comme la fin des travaux. Elle constitue également le point de départ de plusieurs décennies d’exploitation.
Cette évolution pourrait également transformer le marché de l’emploi du BTP. Pendant la phase de construction, les entreprises recherchent principalement des ressources capables d’installer, d’intégrer et de mettre en service les équipements. Une fois les infrastructures achevées, les besoins évoluent vers des profils capables de les exploiter, contrôler, diagnostiquer et maintenir. Techniciens de maintenance électrique, automaticiens, spécialistes CVC, techniciens GTB, électromécaniciens, responsables maintenance, experts en efficacité énergétique ou spécialistes de la maintenance prédictive pourraient ainsi prendre une importance croissante.
Cela représente également une réponse possible au défi actuel des compétences : les grands projets peuvent servir à former aujourd’hui les professionnels qui assureront demain leur exploitation.
La Coupe du Monde 2030 représente une échéance importante qui accélère plusieurs projets, mais elle ne constitue pas la fin du cycle d’investissement. Un stade rénové devra être entretenu. Une nouvelle gare devra rester opérationnelle. Un terminal aéroportuaire devra conserver ses performances. Une station de dessalement devra fonctionner de manière continue.
Les investissements réalisés avant 2030 pourraient donc générer un marché de maintenance pendant plusieurs décennies après l’événement. C’est probablement l’un des aspects les plus intéressants de la transformation actuelle du BTP marocain : progressivement, la valeur ne sera plus créée uniquement par celui qui sait construire une infrastructure, mais aussi par celui qui sait garantir durablement son fonctionnement, sa sécurité et ses performances.
Le défi qui attend le Maroc pourrait finalement être résumé par un changement de logique. Après une période dominée par la construction de nouvelles capacités, viendra progressivement une phase où il faudra gérer un patrimoine d’infrastructures considérablement élargi. Les entreprises capables d’associer inspection, contrôle technique, maintenance préventive, diagnostic, efficacité énergétique, digitalisation et suivi des installations pourraient alors occuper une place croissante dans la chaîne de valeur.
Le marché de la maintenance ne remplacera évidemment pas celui de la construction. Il en sera la continuité. Car la réussite des grands investissements actuellement réalisés au Maroc ne se mesurera pas uniquement à la livraison des infrastructures avant 2030, mais à leur capacité à fonctionner efficacement, en toute sécurité, pendant les décennies suivantes.
Dans ce contexte de forte accélération des investissements, MYTEKS accompagne les maîtres d’ouvrage dans l’étude, la coordination et la réalisation de leurs projets.
Notre expertise couvre notamment l’ingénierie et les études techniques, les installations électriques, les courants faibles, le HVAC, la plomberie et les énergies renouvelables.
Grâce à une approche multi-lots, nous veillons à assurer la cohérence des installations, anticiper les contraintes techniques et sécuriser chaque étape du projet, de la conception jusqu’aux essais et à la réception.