Le BTP fait actuellement partie des secteurs les plus dynamiques de l’économie marocaine. Selon le Budget économique prévisionnel 2026 du Haut-Commissariat au Plan, l’activité du BTP aurait enregistré une croissance proche de 6 % en 2025, après environ 5 % en 2024. Le HCP relie notamment cette progression à l’accélération des grands projets d’infrastructures stratégiques.
Cette croissance se traduit également sur le marché du travail. En 2025, l’économie marocaine a créé environ 193 000 emplois nets. Le secteur du BTP représente à lui seul 64 000 créations d’emplois, derrière les services, qui en ont créé 123 000. L’industrie a généré 46 000 emplois supplémentaires, tandis que l’agriculture en a perdu 41 000. À titre de comparaison, le BTP n’avait créé qu’environ 13 000 emplois en 2024. Le passage de 13 000 créations en 2024 à 64 000 en 2025 illustre l’accélération très nette de la demande en ressources humaines dans le secteur.
Cette dynamique ne repose pas uniquement sur la construction de stades. Le Maroc est engagé simultanément dans de nombreux programmes concernant les infrastructures de transport, les équipements publics, les aménagements urbains, les capacités aéroportuaires et portuaires ainsi que différents programmes immobiliers. Le HCP indique d’ailleurs que l’investissement brut aurait progressé de 16,3 % en 2025, notamment sous l’effet des grands chantiers associés aux préparatifs des manifestations internationales et des investissements des établissements et entreprises publics.
Pour 2026, le Projet de Loi de Finances prévoyait également 114,8 milliards de dirhams de crédits d’investissement au niveau du budget de l’État. Les infrastructures portuaires suivent la même tendance. L’Agence Nationale des Ports a par exemple prévu près de 2,67 milliards de dirhams d’investissements sur la période 2024-2026, couvrant notamment des aménagements portuaires, des infrastructures électriques et différents travaux de modernisation.
Cette concentration de projets sur quelques années provoque mécaniquement une hausse simultanée des besoins en ingénieurs, techniciens, chefs de chantier et ouvriers qualifiés.
C’est ici qu’apparaît le paradoxe. En 2025, le taux de chômage national s’établissait encore à 13 %, soit environ 1,62 million de personnes. Il atteignait 16,4 % en milieu urbain.
Le problème est encore plus marqué chez certaines catégories :
- 37,2 % chez les jeunes de 15 à 24 ans ;
- 19,1 % chez les diplômés ;
- 20,5 % chez les femmes.
On pourrait donc logiquement penser qu’un secteur créant des dizaines de milliers d’emplois devrait facilement trouver les ressources humaines nécessaires. Dans la réalité, le raisonnement est plus complexe. Être disponible sur le marché du travail ne signifie pas nécessairement disposer de la qualification immédiatement utilisable sur un chantier. Et le HCP reconnaît directement cette difficulté : malgré la forte croissance du BTP, son Budget économique prévisionnel 2026 mentionne la persistance de la pénurie de main-d’œuvre qualifiée parmi les contraintes rencontrées par le secteur.
Le véritable problème semble donc moins être une pénurie globale de travailleurs qu’une inadéquation entre les compétences disponibles et celles recherchées par les entreprises. Un grand chantier ne recherche pas simplement de la « main-d’œuvre ». Il nécessite, selon les phases du projet, des compétences précises : électriciens bâtiment et industriels, câbleurs, plombiers, soudeurs, coffreurs, ferrailleurs, conducteurs d’engins, techniciens CVC, spécialistes des courants faibles, techniciens de maintenance, topographes, chefs d’équipe, chefs de chantier, responsables QHSE ou encore techniciens capables de lire des plans et documents d’exécution. Or ces métiers nécessitent de l’expérience, de la formation technique et, de plus en plus, une maîtrise des normes de sécurité et de qualité. Une entreprise peut donc recevoir de nombreuses candidatures tout en ayant des difficultés à trouver le bon profil pour une compétence donnée.
La Banque mondiale identifie depuis plusieurs années cette inadéquation entre compétences et marché du travail comme l’un des problèmes structurels de l’emploi au Maroc. Elle souligne notamment la nécessité de mieux aligner la formation professionnelle et supérieure avec les besoins réels du marché.
Les exigences techniques des projets évoluent également. Les bâtiments et infrastructures modernes intègrent davantage de systèmes électriques, d’automatismes, de supervision, de courants faibles, de contrôle d’accès, de gestion énergétique, de climatisation performante et d’équipements connectés.
La demande ne porte donc plus uniquement sur la quantité de travailleurs disponibles. Elle porte de plus en plus sur leur niveau de qualification. Pour une entreprise travaillant sur un projet multilot, trouver une personne sachant effectuer une tâche n’est pas suffisant. Elle doit également être capable de travailler conformément aux plans, de respecter les règles de sécurité, d’interagir avec les autres corps d’état et de participer à un processus de contrôle et de réception. Cette évolution transforme progressivement le profil de la main-d’œuvre recherchée dans le BTP.
Une autre caractéristique importante du secteur est le poids de l’emploi informel. L’enquête nationale du HCP sur le secteur informel montre que le BTP représente 12,2 % des emplois du secteur informel, derrière notamment le commerce et les services. Cette situation peut compliquer la constitution d’un véritable vivier de compétences identifiables et certifiées.
Un ouvrier peut disposer d’une expérience importante acquise sur plusieurs chantiers sans posséder nécessairement de certification permettant à une entreprise de mesurer rapidement son niveau technique. À l’inverse, un jeune diplômé peut posséder une formation théorique mais manquer d’expérience pratique.bLe secteur se retrouve ainsi parfois avec deux populations qui se croisent difficilement : des travailleurs expérimentés mais peu formalisés, et des demandeurs d’emploi diplômés qui ne possèdent pas encore l’expérience opérationnelle recherchée.
Face à cette situation, la formation professionnelle constitue probablement l’un des principaux leviers de réponse. L’OFPPT dispose notamment de l’École Mohammed VI de Formation dans les Métiers du Bâtiment et des Travaux Publics, conçue comme une véritable « école-chantier » visant précisément à développer les compétences nécessaires au secteur. Plus globalement, le dispositif OFPPT affichait pour la rentrée 2025-2026 une capacité supérieure à 418 000 places pédagogiques, tous secteurs confondus.
L’enjeu des prochaines années sera toutefois moins uniquement d’augmenter le nombre de personnes formées que d’assurer une correspondance très rapide entre les formations proposées et les compétences réellement demandées sur les chantiers. Les besoins peuvent évoluer rapidement : techniques électriques, efficacité énergétique, maintenance, sécurité, BIM, automatisation, CVC, réseaux ou encore supervision technique.
La forte demande actuelle constitue finalement une opportunité. Les projets réalisés à l’horizon 2030 peuvent permettre au Maroc de développer une génération de techniciens, d’ouvriers spécialisés, de chefs de chantier et d’ingénieurs disposant d’une expérience acquise sur des projets complexes et de grande dimension. Mais cette transformation nécessite une coordination entre plusieurs acteurs. Les entreprises doivent davantage investir dans la formation interne et la montée en compétence. Les établissements de formation doivent adapter rapidement leurs programmes aux réalités du terrain. Les maîtres d’ouvrage et entreprises générales doivent également intégrer la disponibilité des ressources humaines dans leur planification. L’alternance, l’apprentissage directement sur chantier et la certification des compétences déjà acquises par les travailleurs expérimentés pourraient également jouer un rôle important.
La Coupe du Monde 2030 agit incontestablement comme un accélérateur, mais le sujet ne doit pas être réduit à l’événement sportif. Les infrastructures actuellement développées devront ensuite être exploitées, maintenues, rénovées et modernisées. Les compétences acquises aujourd’hui pourront donc être utilisées bien après 2030. L’objectif pour le secteur du BTP marocain est ainsi de transformer cette période exceptionnelle d’investissement en capital humain durable.
Le Maroc ne fait pas face à une contradiction entre chômage élevé et besoins importants en main-d’œuvre dans le BTP. Il fait surtout face à un problème d’adéquation entre les profils disponibles et les compétences recherchées.
Les chiffres sont révélateurs : le chômage national restait à 13 % en 2025 tandis que le BTP créait simultanément 64 000 emplois et enregistrait une croissance proche de 6 %. Le HCP lui-même identifie désormais la pénurie de main-d’œuvre qualifiée comme une contrainte du secteur.
Dans un contexte d’accélération des grands projets d’infrastructures, la capacité du Maroc à former, qualifier et fidéliser sa main-d’œuvre pourrait donc devenir aussi stratégique que sa capacité à financer et réaliser les infrastructures elles-mêmes.
Dans ce contexte de forte accélération des investissements, MYTEKS accompagne les maîtres d’ouvrage dans l’étude, la coordination et la réalisation de leurs projets.
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